ZANZIBAR    MAI  JUIN   2007

Elle est toujours assise au même endroit, seule, un sac en plastique à côté d'elle, dont on ne sait pas le contenu, au bord d'une petite place occupée au centre par un très ancien cimetière laissé à l'abandon. Parfois elle s'installe sur le trottoir d'en face, à l'ombre.

Elle ne semble pas handicapée, ni folle, ni moche, entre deux âges. Chaque jour elle est vêtue différemment, et pas en haillons. Pourtant elle reste là à attendre qu'un passant lui laisse une pièce.

Je l'ai prise en photo une première fois sans qu'elle s'en aperçoive. La deuxième fois, je l'ai photographiée sur son trottoir d'en face, elle a pris la pose, mais attendait que je la paie. Habituellement je refuse ce marché. Là, je lui ai glissé une pièce de deux cents Shillings, elle s'est vaguement offusquée et puis est retournée a sa léthargie.

J'ai fait une peinture à partir des deux images, deux femmes assises qui dialoguent, deux têtes différentes, l'une épanouie, l'autre soucieuse. Je lui ai donné une compagne pour combler sa solitude. En arrière-plan, une porte typique que j'ai prise ailleurs. Les couleurs sont affadies, comme brûlées par le soleil ou rongées par la pluie. L'image d'une époque qui s'efface en silence devant  la modernité, la virtualité, ce que l'occident impose universellement comme l'idée du progrès.

 

   

   

 

 

               

            

        

     

               

Toiles sur des voiles de bateaux

     

                                               

 

Zanzibar me fait du bien, j'ai le sentiment de retrouver ma créativité, ma tête bouillonne de nouvelles idées, même si cela ne se sent peut-être pas dans ce que j'ai fait jusqu'à présent. Il me faudrait six mois pour aborder tous les sujets qui m'attirent, les enfants, les hommes assis jouant au bao, ou celui-là qui tire sa charrette, ou les scènes de marché... Mais l'exposition dans l'hôtel d'Emerson ne présentera que des femmes. Et par contre pour les voiles de boutres, je manque d'images. Le support induisant les thèmes, je voudrais y montrer le travail de ceux qui vivent de la mer, les pêcheurs, quand ils réparent leurs filets, les charpentiers de boutres, les dockers au port. Des plans rapprochés sur les dos voûtés, des images qui se superposent, des cadres non définis.