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Elle est toujours assise au même endroit, seule, un
sac en plastique à côté d'elle, dont on ne sait pas le contenu, au bord d'une
petite place occupée au centre par un très ancien cimetière laissé à
l'abandon. Parfois elle s'installe sur le trottoir d'en face, à l'ombre.
Elle ne semble pas handicapée, ni folle, ni moche,
entre deux âges. Chaque jour elle est vêtue différemment, et pas en haillons.
Pourtant elle reste là à attendre qu'un passant lui laisse une pièce.
Je l'ai prise en photo une première fois sans qu'elle
s'en aperçoive. La deuxième fois, je l'ai photographiée sur son trottoir d'en
face, elle a pris la pose, mais attendait que je la paie. Habituellement je
refuse ce marché. Là, je lui ai glissé une pièce de deux cents Shillings,
elle s'est vaguement offusquée et puis est retournée a sa léthargie.
J'ai fait une peinture à partir des deux images, deux
femmes assises qui dialoguent, deux têtes différentes, l'une épanouie,
l'autre soucieuse. Je lui ai donné une compagne pour combler sa solitude. En
arrière-plan, une porte typique que j'ai prise ailleurs. Les couleurs sont
affadies, comme brûlées par le soleil ou rongées par la pluie. L'image d'une
époque qui s'efface en silence devant la
modernité, la virtualité, ce que l'occident impose universellement comme l'idée
du progrès.
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