|
|
La
lumière de Saint Louis est souvent brûlée, laiteuse.
Quand on découvre
l'île par la route de Dakar, les ocres, les bleus et le blanc des
maisons, de l'autre côté du pont Faidherbe apparaissent comme un
mirage flottant sur l'eau limoneuse du fleuve.
A cheval sur l'Afrique
et le monde arabe, dans un décor déliquescent, la ville est
attachante.
On reste subjugué par
cette lumière, les bâtiments un peu décrépits, les rues ensablées,
la nonchalance des gens assis à l'ombre des trottoirs, les mosquées,
l'omnipotence de la religion.
De Saint Louis on peut
passer le pont de Guet Ndar, le village des pêcheurs. La première
impression est oppressante, il y a les odeurs de poisson séché,
d'égouts, de pisse, de bouffe mélangées, et il y a la promiscuité,
ça grouille littéralement, soixante dix mille habitants sans compter
les moutons, les chèvres, les chevaux, sur à peine deux kilomètres
carrés.
  
Pour y rentrer il faut
une clé, quelqu'un qui peut vous prendre par la main dans le dédale
des ruelles, vous faire traverser la foule, vous aider à trouver ce
qu'on ne trouve nulle part ailleurs, un trésor négligé, une poignée
de mains échangée avec un vieux, ou ce bout de planche dont on a
justement besoin, cette tôle, ce bois de pirogue qu'il faut déclouer,
et fendre, pour en faire des encadrements originaux de peintures que
personne ici ne verra jamais.

Quand on revient
ensuite sur l'île même de Saint Louis, les rues paraissent presque
trop propres, on ne trouve plus rien à se mettre sous les yeux, on se
rend compte qu'on a appris à voir autrement, qu'on a fait un pas sans
s'en être aperçu.
  
|
.
|

Marcher.
Seul.
Serein.
Souriant.
S'imprégner du
monde,
s'extasier à chaque pas, disponible, ouvert.




|