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Je suis dans la
montagne, le Haut-Atlas, à mi-chemin entre le col du Tichka et Ouarzazate.
J'y passe la nuit avec des amis marocains, dans une maison d'hôtes bien
agréable.
Le soleil s'est
couché derrière les pics enneigés, la pénombre s'approfondit. Soudain des
feux s'allument sur les flancs rocheux, au-dessus du douar. De l'autre
côté de la vallée c'est la même chose. On se demande de quoi il s'agit:
charbon de bois? Ecobuage?
Notre hôte nous
explique que c'est le nouvel an berbère. On est en 2.952 de leur
calendrier. Amazigh lui-même, il nous invite à le célébrer avec lui. On
grimpe donc à sa suite derrière la maison, et on a un peu de mal à trouver
un buisson digne de ce nom dans la pierraille.
Il nous demande
d'y mettre le feu et de nous concentrer sur tous les problèmes, les
conflits de l'année écoulée. C'est eux qu'on brûle, qu'on efface, qu'on
oublie, pour démarrer une nouvelle année à zéro. J'aime cette manière de
voir.
Mais gare à
celui qui restera trop longtemps à contempler son feu et redescendra le
dernier, car il portera alors tous les malheurs accumulés de tous les
autres.
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Fatma était
jeune, à peine adolescente. La maison de ses parents était la seule
alentour à posséder une meule. Un soir, une voisine vint demander à moudre
son grain. Les femmes de la maison rechignèrent, prétextant le coucher du
soleil, le troupeau qui n'allait pas tarder à rentrer et l'influence du
bruit du broyage sur le lait des brebis.
Le père réagit
autrement. Il comprit que cette femme, plus pauvre qu'eux, avait sans
doute besoin de cette farine pour préparer le repas du soir. Et il lui
accorda son autorisation.
Et la femme se
mit à moudre. Tout à son travail, elle se mit à déclamer des poèmes.
C'était la
première fois que Fatma en entendait.
Et dès lors,
elle se mit à en composer elle-même.
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