POETES  BERBERES
(2007-2008)
                   
 
                         
 
 
     
Je suis dans la montagne, le Haut-Atlas, à mi-chemin entre le col du Tichka et Ouarzazate. J'y passe la nuit avec des amis marocains, dans une maison d'hôtes bien agréable.
Le soleil s'est couché derrière les pics enneigés, la pénombre s'approfondit. Soudain des feux s'allument sur les flancs rocheux, au-dessus du douar. De l'autre côté de la vallée c'est la même chose. On se demande de quoi il s'agit: charbon de bois? Ecobuage?
Notre hôte nous explique que c'est le nouvel an berbère. On est en 2.952 de leur calendrier. Amazigh lui-même, il nous invite à le célébrer avec lui. On grimpe donc à sa suite derrière la maison, et on a un peu de mal à trouver un buisson digne de ce nom dans la pierraille.
Il nous demande d'y mettre le feu et de nous concentrer sur tous les problèmes, les conflits de l'année écoulée. C'est eux qu'on brûle, qu'on efface, qu'on oublie, pour démarrer une nouvelle année à zéro. J'aime cette manière de voir.
Mais gare à celui qui restera trop longtemps à contempler son feu et redescendra le dernier, car il portera alors tous les malheurs accumulés de tous les autres.

 

    

 

                             

 

                        
 
 
Fatma était jeune, à peine adolescente. La maison de ses parents était la seule alentour à posséder une meule. Un soir, une voisine vint demander à moudre son grain. Les femmes de la maison rechignèrent, prétextant le coucher du soleil, le troupeau qui n'allait pas tarder à rentrer et l'influence du bruit du broyage sur le lait des brebis.
Le père réagit autrement. Il comprit que cette femme, plus pauvre qu'eux, avait sans doute besoin de cette farine pour préparer le repas du soir. Et il lui accorda son autorisation.
Et la femme se mit à moudre. Tout à son travail, elle se mit à déclamer des poèmes.
C'était la première fois que Fatma en entendait.
Et dès lors, elle se mit à en composer elle-même.