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La
maison est rapiécée, faite de terre et restaurée de béton, ça fait
plus moderne, plus riche, et ça ne demande pas d'entretien...
La
vieille est assise par terre, le dos droit, sur une natte tressée en
plastique, face à un métier à tisser.
Elle est complètement sourde, ne nous a pas entendus arriver, ne relève
la tête que quand on se penche sur elle pour la saluer.
Elle
est la seconde épouse du grand-père de Khalid, son âge est incertain,
vers les quatre-vingt-dix ans.
La
visite ne dure pas.
Au
moment de reprendre la voiture, une voisine accourt. Il y a là un décès,
elle est venue présenter ses condoléances, et ne sait comment rentrer
chez elle. On accepte de la prendre, bien sûr. Elle retourne chercher
son bagage.
Mais
ne revient pas seule. Une seconde se présente, trois enfants, une
troisième, une quatrième, et encore un bébé, qui hurle.
C'est
ainsi qu'on reprend la piste, entassés à onze dans la voiture, qui me
fait penser à la mitaine de ce vieux conte russe où une souris découvre dans la forêt enneigée une moufle
perdue par un chasseur, s'y installe, bientôt rejointe par un lièvre,
un renard, un sanglier...
C'est
ainsi qu'on prend conscience que de la nécessité naît la solidarité.
Sauf
que. Il y avait encore une vieille, la grand-mère, qui aurait
volontiers pris place dans la voiture, plutôt que de se retaper le
chemin cahotée sur une charrette tirée par un âne. Il n'y avait
vraiment plus de place dans la mitaine, et les jeunes ont décrété que
la vieille avait suffisamment fait chier son monde tant qu'elle était
valide. Et on l'a laissée là.
C'est
ainsi qu'on se prend à désespérer de l'espèce humaine.
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